Apprendre le chinois : grammaire de la séquence 7

Cette séquence tourne autour d'une seule question : comment désigner les choses. Démonstratifs, locatifs, classificateurs et quelques outils voisins y répondent chacun à leur manière.


Les pronoms démonstratifs et

Le chinois possède deux démonstratifs principaux :

désigne ce qui est proche du locuteur (« ce, ceci, celui-ci »), ce qui en est éloigné (« ce, cela, celui-là »). La frontière est celle du locuteur, pas celle de l'objet : ce qui est proche de moi peut être loin de vous.

Devant un nom, ils demandent obligatoirement un classificateur :

这本书 zhè běn shū : ce livre (proche)
那件衣服 nà jiàn yīfu : ce vêtement (éloigné)

On peut aussi les employer seuls, comme sujets :
这是我的。 Zhè shì wǒ de. C'est à moi.
那不是我的。 Nà bú shì wǒ de. Ce n'est pas à moi.


Les locatifs 这儿 et 那儿

En ajoutant le suffixe r aux démonstratifs, on obtient des locatifs, c'est-à-dire des mots de lieu :

Exemples tirés du dialogue :
那儿有很多书。 Nàr yǒu hěn duō shū. Il y a beaucoup de livres là-bas.
这儿还有很多书。 Zhèr hái yǒu hěn duō shū. Ici, il y a encore beaucoup de livres.

Ce suffixe est la marque du parler du Nord, celui de Pékin. Dans le Sud, on entend plutôt une autre forme, que nous verrons en son temps.


Le classificateur et ses combinaisons

xiē veut dire « quelques » et ne s'emploie jamais seul. Il se soude toujours à un autre mot :

一些 yìxiē : quelques, un peu de (quantité indéfinie)
这些 zhèxiē : ceux-ci, ces… (pluriel proche)
那些 nàxiē : ceux-là, ces… (pluriel éloigné)
哪些 nǎxiē : lesquels ? (interrogatif pluriel)
有些 yǒuxiē : quelques, des

Exemples :
那些书不是我的。 Nàxiē shū bú shì wǒ de. Ces livres ne sont pas à moi.
还有一些是哥哥的。 Hái yǒu yìxiē shì gēge de. Il y en a encore quelques-uns qui sont à mon frère.
有些东西是我的。 Yǒuxiē dōngxi shì wǒ de. Certaines choses sont à moi.

Notez une chose : contrairement à 这本 ou 那件, les combinaisons en se posent directement devant le nom, sans autre classificateur : on dit 这些书, et non 这些本书. C'est logique, puisque est déjà le classificateur.


Les classificateurs et

Rappel : en chinois, un nombre ou un démonstratif ne se met jamais directement devant le nom. Il faut intercaler un classificateur.

Cette séquence en apporte deux nouveaux :

běn : pour les livres, les cahiers, les magazines, tout ce qui est relié.
这本书 zhè běn shū : ce livre
这一本是我的。 Zhè yì běn shì wǒ de. Celui-ci (ce volume) est à moi.

jiàn : pour les vêtements (surtout le haut du corps), les affaires, les événements.
那几件衣服都是我的。 Nà jǐ jiàn yīfu dōu shì wǒ de. Ces quelques vêtements sont tous à moi.
你认不认识这件衣服? Nǐ rèn bú rènshi zhè jiàn yīfu? Est-ce que tu reconnais ce vêtement ?

Le classificateur général , que vous connaissez déjà, remplace la plupart des autres dans la langue parlée. Par contre, dès que vous connaissez le classificateur propre à un nom, employez-le : c'est ce qui s'entend tout de suite. (Et non, il n'y a pas de règle qui permette de deviner lequel va avec quel nom. Ils s'apprennent avec le mot, comme le genre des noms en français.)


L'adverbe hái : « encore, en plus »

hái signifie « encore, en plus ». Comme tout adverbe en chinois, il se place devant le verbe.

Exemples :
这儿有很多书。 Zhèr hái yǒu hěn duō shū. Ici, il y a encore beaucoup de livres.
有一些是哥哥的。 Hái yǒu yìxiē shì gēge de. Il y en a en plus quelques-uns qui sont à mon frère.

Attention à ne pas le confondre avec (« aussi »). reprend une même action pour un sujet différent (« moi aussi ») ; ajoute un élément de plus (« et il y a encore… »).


au sens de « quelques »

Nous avons vu que sert à demander « combien ? », pour de petits nombres. Mais dans une phrase affirmative, il signifie « quelques », un petit nombre indéterminé.

Exemple :
件衣服都是我的。 Nà jǐ jiàn yīfu dōu shì wǒ de. Ces quelques vêtements sont tous à moi.

Dans les deux emplois, est toujours suivi d'un classificateur : 几件, 几本, 几个. C'est le contexte, et lui seul, qui dit s'il s'agit d'une question ou d'une quantité.


La question alternointerrogative des verbes bisyllabiques

Vous connaissez déjà la question alternointerrogative, la question en V V, avec des verbes d'une syllabe comme 是不是 shì bú shì. Que faire quand le verbe en a deux ?

Pour un verbe bisyllabique comme 认识 rènshi (« connaître »), on ne répète que la première syllabe :

Exemple tiré du dialogue :
你认不认识这件衣服? Nǐ rèn bú rènshi zhè jiàn yīfu? Est-ce que tu reconnais ce vêtement ?

Autres exemples, avec des verbes déjà appris :
你喜不喜欢? Nǐ xǐ bù xǐhuan? Est-ce que tu aimes ?
你高不高兴? Nǐ gāo bù gāoxìng? Es-tu content ?

À l'écrit, ce du milieu garde son ton, sandhi compris : rèn bú rènshi, xǐ bù xǐhuan. C'est ce que vous voyez dans le cours, et c'est ce qu'il faut écrire. À l'oral, en revanche, il n'est presque pas accentué. Pris entre les deux morceaux du verbe, il file vite : vous l'entendrez le plus souvent réduit à un simple bu. Notez le ton, mais ne l'appuyez pas.


有的 et 有些

Ces deux mots se ressemblent, et pourtant ils ne disent pas la même chose.

有些 yǒuxiē est la contraction de 有一些 yǒu yìxiē, « il y a quelques ». Il annonce une quantité, sans rien dire de plus : « quelques, des ».

有些东西是我的。 Yǒuxiē dōngxi shì wǒ de. Certaines choses sont à moi.
(mot à mot : « il y a quelques choses qui sont à moi »)

有的 yǒude veut dire « certains ». Il prélève une partie dans un ensemble déjà connu : celui dont on vient de parler, ou que la situation désigne. C'est pourquoi on le répète souvent, ou on l'oppose à une autre expression, pour partager cet ensemble :

有的是我的,还有一些是哥哥的。 Yǒude shì wǒ de, hái yǒu yìxiē shì gēge de.
Certains sont à moi, et d'autres sont à mon frère.

Dans le dialogue, on parle des livres depuis plusieurs répliques : 有的 renvoie à ces livres sans avoir besoin de les nommer.